• la riviere

    je vois la vie comme une rivière, une rivière à l’envers…
    un océan d’oubli
    dans l’océan des oubliés.

    nous nous voyons fils des ruisseaux de l’enfance devenant rivière
    nous nous voyons devenir estuaires pour finir océan,
    nous nous voyons grandir aux conquêtes des possibles pour accomplir le destin
    nous nous voyons grands fleuves apprenant aux ruisseaux les fils de l’eau…
    mais la vie vous reprend,
    puis un jour on comprend,

    nous ne commençons pas par le ruisseau
    nous ne commençons pas par la source sortant du rocher.
    nous commençons par la goutte d’eau dans l’océan,
    et la goutte d’eau c’est l’océan.
    infinité possible,
    premier cri de l’absence inconnue devenue vie.
    et nous cherchons la rive.
    la rive d’un autre.
    d’un sein à escalader,
    d’un oxygène à respirer.

    nous commençons par l’océan
    puis un jour une plage,
    un rocher à fendre, à creuser,
    ça n’est pas la rivière qui fait l’estuaire des vies,
    c’est l’océan qui creuse,
    c’est la goutte d’eau qui creuse,
    qui creuse l’océan de nos vies à la pelle qui tentent de remonter la rivière.
    et les gouttes d’eau s’échinent,
    dans l’infini possible.
    c’est l’enfance.
    nous peuplons de merveilles des amitiés d’écoles, des amours de bancs publics.
    des champs de blés sur des vélos volants
    des champs d’étoiles sous des soirs de printemps,
    des amours d’adolescences,
    des amours pour tenter oui d’oublier l’absence.

    puis un jour…
    un jour vient l’estuaire qu’on prend,
    qu’on prend pour un autre,
    pour se prendre pour un autre,
    pour un autre océan,
    alors on croît, on croît l’accomplir l’existence,
    mais nous n’accomplissons rien,
    nous tuons juste un peu le temps,
    sans savoir que c’est lui toujours, au fil des jours au fil des gens,
    que c’est lui qui nous tue, le temps.
    on se croit prendre des chemins quand les chemins nous prennent.
    tout comme on croit croiser des gens quand ce sont eux qui nous croisent,
    on n’est jamais que le figurant des milliers de vies de ces autres gens,
    alors soudain, c’est plus l’océan devant soi,
    puis c’est plus l’océan dedans…
    c’est le chemin funéraire qu’on prend sans savoir
    pour les abattoirs,
    on regarde autour,
    triste cœur de l’enfant qui s’est pas vu devenir grand,
    on regarde autour,
    et l’océan devenu fleuve n’est plus qu’une rivière remontant,
    remontant le cours du temps
    le cours des soirs mélancolie
    pour revoir des printemps.

    non plus rien n’illumine.
    il est le soir pour l’éphémère.
    elle a pas vu en descendant qu’elle allait pas vers l’océan,
    mais qu’elle remontait la rivière,
    la triste rivière du temps.

    dans la rivière à l’envers quand on prend l’estuaire,
    on croit devenir grand,
    pourtant le dos se courbe en marchant.

    puis d’affluents en confluents,
    un jour vient le ruisseau,
    le ruisseau des rivières à l’envers.
    de ces chemins qui n’ont que la trajectoire des veilles d’enterrements.

    triste chemin que les chemins des rivières à l’envers.

    Damien saez 


  • Commentaires

    1
    Vendredi 14 Octobre 2016 à 01:46
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